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Journal Extime de Max Memmi - Page 13

  • La mort du frère ainé

    Mon frère ainé Albert est mort au petit matin du vendredi 22 mai, peut-être dans le nuit du 21 ou 22: je ne sais pas trop. C'est par un appel de mon frère Georges vendredi à 15h que j'ai appris la douloureuse nouvelle. Lui-même a été alerté par Shéhérazade, une des auxiliaires de vie de mon frère Albert, quand elle a découvert le corps sans vie, affolée, elle a appelé le premier numéro qu'elle a trouvé.
    Cet appel, je l'attendais depuis longtemps, je savais qu'à son âge, il pouvait nous quitter à tout moment, et pourtant je redoutais cet appel. A partir du moment où mon frère Albert franchissait allégrement les années, 95, 96, 97, 98 et 99 ans, il devenait comme la dernière clé de voûte de notre fratrie, cette belle et étrange fratrie de huit enfants, lui l'ainé des quatre garçons et moi le  benjamin de la famille. Il abordait le rivage des centenaires, et il m'arrivait de rêver qu'il pourrait, après tout vivre encore quelques belles années. Même si les échanges téléphoniques devenaient de plus en plus difficile, compte tenu de sa perte d'audition, quand je lui rendais visite chez lui, dans cet appartement du 5 de la rue saint Merri, qu'il occupait en tant que locataire depuis plus de soixante ans, je trouvais beaucoup de plaisir à nos longues conversations et je pouvais constater qu'il conservait encore, dans l'année de son centenaire, toute sa lucidité et toute son intelligence.
    Mon frère nous a quitté. J'ai beaucoup de chagrin, mais je suis surtout désemparé, ne comprenant pas encore que je ne le reverrais plus.
     

  • Une piste pour comprendre Patrick Modiano.

    Voilà je crois une clé ( mais il y en surement bien d'autres) pour comprendre l’œuvre de Modiano: elle figure dans cette phrase : " Moi, je ne plaisantais pas. Si je m'étais engagé dans ce travail, c'est que je refusais que les gens et les choses disparaissent sans laisser de trace. Mais pouvons-nous jamais nous y résoudre? " ( extrait de son roman Chien de printemps, au tout début du livre.)
    Voilà un écrivain que j'ai longtemps boudé et qui aujourd'hui commence à me fasciner, avec lequel je me découvre une certaine parenté. Ces maniaqueries, ces incessantes introspections, ce besoin obsessionnel, viscéral de découvrir la vie d'autrui, n'est-ce pas ce que j'ai toujours vécu et essayer ensuite de traduire dans mes romans?  

  • Nous avons cassé le virus?

    Tout en répétant qu'il ne fallait pas faire le malin face à cette épidémie et bien continuer de se protéger par des gestes barrières et en plus éventuellement par le port d'un masque, le premier ministre a ajouté  dans sa conférence de presse que nous avons cassé le virus.  Je ne sais pas si nous avons réussi à briser ce virus, mais ce qui est sûr c'est que depuis 20 jours, le fameux pic de début avril s'est totalement inversé, puisque le nombre de personnes hospitalisées et le nombre de réanimation n'a fait que diminuer, et notamment de façon importante ces trois derniers jours,  presque nous avons enregistré 800 hospitalisations en moins chaque jour et près de 300 réanimations en moins chaque jour également  ramenant le nombre de malades en réanimation sous la barre des 3000, et on sait que c'est dans ce domaine des réa que le combat se joue réellement. Il ne nous reste plus qu'à espérer voir cette courbe descendante se poursuive tous les jours à venir et ainsi permettre au personnel soignant de souffler enfin un peu et nous de ne pas regretter ces décisions de déconfinement.

  • Retour à Modiano

    Je viens de terminer la lecture d'un nouveau roman de Patrick Modiano: " Remise de peine". L'auteur a 33 ans, il se souvient de ce petit garçon qu'il était à l'âge de 10/11 ans. Il avait été placé, avec son jeune frère Rudy, chez des amis de sa mère dans un village aux environs de Paris ( en fait, il s'agit de Jouy-en-Josas, la maison qui porte le nom de Guillotin, parce que ce dernier est enterré dans le parc entourant la maison. Cette demeure bourgeoise à la façade recouverte de lierre est située au 38 rue du Docteur Kurzenne, dont il reproduit deux photos dans ce petit album de famille qu'il nous offre avant le texte des 10 romans( regroupés dans un gros ouvrage de la collection Quarto publié par Gallimard en 2014) comme pour reconnaitre enfin que toute son œuvre n'est qu'une suite d'étapes de sa biographie.
    Cette maison où il passera plusieurs mois est habitée par trois femmes:
    Hélène Toch dite la petite Hélène, très petite femme d'une quarantaine d'années, Annie 26 ans , qui conduit uen quatre-chevaus, et Mathilde F sa mère, la cinquantaine. Placés là, Patrick Modiano - que tout le monde appelait alors Patoche- et son frère Rudy, sont quasiment abandonnés par leurs parents( cette absence des parents revient dans plusieurs de ses "romans". ) puisqu'ils ne donnent presque aucune nouvelle. La mère comédienne en tournée théâtrale envoie une carte postale de Tunis. Le père au métier indéterminé, aux activités troubles des cartes de Brazzaville et de Bangui, puis plus rien, mais aussi tout de même quelques visites, certains jeudis.
    Les trois femmes reçoivent beaucoup, quelques hommes et aussi des femmes plus présente que les hommes:  Frede, une femme de 35 ans, Blanche-neige, une jeune fille chargée de s'occuper des garçons, on dirait aujourd'hui une baby-sitter, Andrée K. Des personnages haut en couleurs, comme dans tous les romans de Modiano, que ce dernier décrit comme des gens mystérieux mais dignes d'intérêt, tels que Eliot Solter marquis de Caussade, Roger Vincent qui souriait tout le temps et qui venait les voir au volant de sa belle voiture clinquante américaine,
    Jean D qui avait la même taille et les mêmes gestes que le Père Noël et surtout la même montre qui indiquait les secondes, les minutes, les heures, les jours, les mois et les années et qui donne à Patoche son premier roman policier: " Touche pas au grisby."
    Le seul roman de Modiano ( parmi la dizaine que j'ai lu à ce jour) que j'ai totalement aimé, sans aucune réserve, parce que j'ai trouvé ce récit attachant, plein de chaleur et de tendresse et le style très épuré( mais c'est une constante dans les romans de Modiano), une écriture limpide, surprenant pour exprimer des souvenirs souvent confus avec de nombreuses redites et répétitions.


  • Un déconfinement très encadré et très restrictif

     

    Le premier ministre a donc présenté aujourd’hui mardi 28 avril son plan de déconfinement qui doit prendre effet à partir du 11 mai :  un discours d’une heure devant les députés (mais 75 seulement présents physiquement contre 577). J’avais noté qu’il allait renouveler cet exercice extrêmement ardu demain mercredi devant les sénateurs, et j’avais donc décidé de le réécouter parce que j’avoue ne pas avoir tout compris. Mais je viens d’apprendre qu’il y aura seulement au sénat un grand débat sur le sujet mardi prochain 5 mai et que demain retour aux questions d’actualité au gouvernement, dont je suis un fidèle auditeur et spectateur depuis de très longues années, tant à l’Assemblé national qu’au Sénat. Comme d’habitude, je serai en face de mon poste, faute de pouvoir toujours y assister physiquement du haut des loges. les débats politiques m’ont toujours intéressé, depuis toujours, je m’y sens intimement impliqué en tant que citoyen et je reconnais qu’a près avoir admiré l’action d’un Mendés-France,  j’avais, bien plus tard, soutenu activement François Mitterrand, Michel Rocard, Lionel Jospin, Ségolène Royal puis enfin Emmanuel Macron, ce dernier représentant à mes yeux, enfin une vraie rupture et la fin de cet affrontement permanent virulent ( et qui me devenait insupportable)  entre la droite et la gauche.  

    J’avais envie de dire toutes ces choses dans mon journal extime, c’est dit, je prends le risque de me découvrir, mais tant pis.  

    Mais revenons à l’intervention du 1e ministre. D’habitude très clair, - j’avoue que depuis sa nomination, j’apprécie les qualités de cet homme- Edouard Philippe m’a paru confus, deux pas en avant et un en arrière, avec un parapluie en main, je suis peut-être sévère, mais peu importe,  même dans cette hypothèse, comment pourrait-on le lui reprocher face à une large opposition politique aussi agressive, tous partis confondu ( Les républicains, la France Insoumise, le parti socialiste, le Pari communiste, le Rassemblement national et y compris un certain centre l’UNDI ) sans compter une bonne moitié des Français, bref tous ceux qui n’hésitent pas à le traiter, outrageusement et excessivement d’incompétent et de menteur, mais en visant en réalité le Président de La République, plus que le premier ministre. Exemple l’intervention musclée de Jean-Luc Mélenchon tout à l’heure, pour qui le seul vrai adversaire en politique est Macron, celui dont il rêve de prendre la place.

    Alors ce plan de déconfinement ? Gageons que ce n’est pas exactement ce qu’attendaient la plupart des gens. Nous avons assisté plutôt à l’annonce d’une série de mesures extrêmement prudentes pour desserrer un peu et par étapes de semaine en semaine, la rigueur de ce confinement imposé depuis le 17 mars par ce maudit virus. On nous dit que cette allocution serait le fruit d’une ultime réunion d’arbitrage de six heures qui s’est tenue à l’Elysée, avec le principal objectif que toutes ces mesures tendent à éviter l’écroulement du pays et de son économie, autrement dit de remettre la France au travail tout en veillant scrupuleusement que ces mesures ne créent pas une nouvelle vague d’épidémie, alors que la courbe des hospitalisations et des réanimations s’oriente nettement à la baisse depuis presque deux semaines.

    D’où ces annonces très prudentes qui prendront effet à partir du 11 mai : sorties autorisées seul ou accompagné sans présentation d’attestation, donc, enfin, sans aucune justification, non limitées à un nombre d’heures, mais à condition de ne pas s’éloigner de plus de 100 km du lieu de son habitation principale. Donc l’impossibilité de rejoindre une location de vacances ? d’aller rendre visite des proches, parents ou amis, si la destination se trouve à plus de 100 km ? Mesure extrêmement pénible : le confinement dans le déconfinement. Jusqu’à quand ? décision possible : le mardi 2 juin. Tous les commerces, et toutes les entreprises en général, seront de nouveau autorisés à fonctionner normalement, - bien que le télétravail quand il est possible reste vivement conseillé- sauf les bars, brasseries et restaurants dont la décision est également reportée au 1 e juin, alors que les sorties en ville s’accompagnent souvent d’une pause dans ces espaces d’une grande convivialité.  Quid des hôtels pour les touristes ? Pas un mot.

    Les squares, parcs et jardins pourront de nouveau être fréquentés, mais  certains maires ou certains Préfets pourront s’y opposer. Les bibliothèques, les médiathèques et les petits musées pourront rouvrir leurs portes, - naturellement, s’agissant de lieux que je fréquente beaucoup, je ne peux que me réjouir, mais pas les cinémas, ni les théâtres, alors que des mesures de précaution par le respect de distance physique seraient tout à fait possible à mettre en place. Amateur de cinéma et de théâtre, je me sens frustré et malheureux.  Pour l’enseignement, les écoles pourront accueillir de nouveau les enfants à partir du 11 mai, - sans obligation pour les parents - mais il faudra attendre le 18 mai pour l’ouverture des collèges et attendre encore la date de fin mai/début juin pour les lycées.

     Cette deuxième date du 1e juin (après celle du 11 mai annoncée par le chef de l’Etat,) choisie par le 1e ministre, n’est-ce pas une façon pour ce dernier de freiner l’élan du Président de la République enclin à aller plus vite que son premier ministre, plus « rigide » ou peut-être plus simplement plus homme de terrain, à la longue expérience de maire, n’hésitant pas même dans son discours à affirmer que cette date du 11 mai choisi pour un le début de déconfinement pourrait ne pas être retenue si les conditions sanitaires s’aggravaient d’ici là.   

    En fin de compte, cette épidémie est en réalité très loin d’être terminée et si elle a déclenché une grande crise sanitaire, elle est aussi la cause d’une bien plus importante catastrophe économique dont notre pays aura bien du mal à se relever. 
    Mais à côté de ces crises sanitaire et économique, l'univers étrange et anxiogène dans lequel nous somme plongés et qui, même si de gros efforts louables et admiratifs sont déployés par beaucoup de nos concitoyens pour rendre la vie plus acceptable
    , le traumatisme est bien là, bien ancré, nous ne sommes pas fabriqués pour vivre dans cet état restrictif à nos libertés. Nous avons besoin de la présence, de l'échange, du partage direct, physique, avec les autres. Les terroristes fanatiques n'ont pas réussi - et ne réussirons jamais - à nous museler, et voilà qu'un simple virus nous oblige à repenser notre mode d'existence.