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Culture - Page 4

  • Sylvain Tesson

    Je considère Sylvain Tesson comme un écrivain majeur. Sa langue est riche et son verbe imagé.  J'aime l'homme - l'écrivain et l'aventurier. J'ai donc été surpris, et choqué par une phrase relevée dans ce qu'il a écrit dans sa rubrique Par les livres et par les champs, dans les colonnes du dernier numéro de Lire, Magazine littéraire daté de décembre 2020-janvier 2021, auquel je suis abonné depuis les temps lointains où ce journal était dirigé par notre ami Bernard Pivot.  Son article qui s'intitule Chronos contre la fée clochette est consacré à  la critique du livre  de 174 pages : Rien pour demain de Bruno Remaury publié par les éditions José Corti, qui traite du temps, non du temps qu'il fait, bien sûr, mais du temps qui passe, de la relativité du temps. Mais ce n'est pas un  Essai, mais bien un roman, puisqu'il est peuplé de nombreux personnages. Alors quelle est cette phrase que je désapprouve totalement parce que je la trouve désobligeante ? La voici que je souligne et que je mets en italique  pour ne pas l'isoler de son contexte que je cite entièrement, car l'ensemble serait assez beau sauf, hélas, la phrase qui me déplait et que je souligne : " La bataille est mythologique. D'un côté Chronos, le dieu du temps qui entraine les hommes à la mort, mais enjoint chaque génération à reprendre la valse, immanquable stable. De l'autre, notre modernité qui veut abolir la fluctuation des heures et proclame sottement la perpétuelle jeunesse pour se maintenir sur la fine pointe de l'instant, quitte à accepter une vie d'employé d'usine, suant sa stérilité sur le bord de l'abime.  Fin de citation.  
    Quel mépris dans ce propos, je déteste cette attitude élitiste...Ou alors je n'ai pas tout compris... Si quelqu'un veut bien m'éclairer !

  • Conférence et ressources d'Akadem sur Albert Memmi

    Akadem, le campus numérique juif, créé par le Fonds Social Juif unifié avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, a réalisé une conférence hommage à Albert Memmi que vous pouvez découvrir ici :

    Akadem : conférence hommage à Albert Memmi

    L'onglet "les documents" sur la page en lien donne de nombreuses ressources sur la vie et les oeuvres d'Albert, notamment ces deux documents :

    Textes sur Albert publié par Akadem

    Textes sur Albert Memmi publié par Akkadem

  • De nouvelles réactions des médias

    On mes signale de nouveaux articles au sujet de la mort de mon frère Albert Memmi. Pour celles et ceux que cela intéresse, il s'agit du Figaro, de Jeune Afrique, on peut consulter aussi bumartinique.univ-antilles.fr ainsi que  fr.news.yahoo.com, le site de Médiapart, l'AgenceFrance Presse et toujours les très nombreux commentaires qui s'ajoutent tous les jours sur les sites facebook de Olivier Poivre d'Arvor et de mon propre site. Après presque six jours, je suis entièrement accaparé par la nouvelle douloureuse de la disparition de mon frère. Perturbé au point que je n'arrive pas à me remettre à lire et encore moins à reprendre le cours de l'écriture de mon nouveau roman. 
    Cet événement considérable me prend la tête, comme on dit, et m'accable, me fatigue. Pourtant il s'agit d'une mort naturelle, parfaitement prévisible. J'ai, en tous cas, décider, bien que cela me coûte et me chagrine,  de ne pas me rendre aux obsèques prévues le mardi 2 juin à 10h du matin dans la salle de crémation dite Mauméjean du cimetière du Père Lachaise. C'est un déplacement de 24h pour moi qui habite en Limousin, ce qui signifie 7h de train, une nuit à l'hôtel et le problème de la restauration, tout cela dans le contexte encore très lourd de l'épidémie du coronavirus. De plus, la fille de mon frère Albert, en charge de ces obsèques, me dit qu'il y aura beaucoup de monde, et plus de la moitié des gens ne pourra pas entrer dans la salle,  donc piétinement assuré sans parler du risque sanitaire qui reste encore réel. Tout cela est, actuellement, dans ce temps si étrange que nous vivons, bien au-dessus de mes forces.


  • L'article du Figaro

     

    Trouver sa place, entre France et Maghreb

    Il avait vu le jour en 1920 dans la Tunisie coloniale au sein d'une famille juive arabophone très modeste. Deuxième enfant d'une fratrie de treize, il fréquente tout jeune l'école rabbinique puis l'école primaire de l'Alliance israélite où il apprend le français. Élève brillant, il reçoit alors une bourse qui lui permet d'intégrer le lycée français de Tunis.

    Pendant la deuxième guerre mondiale, juste après le débarquement allié en Algérie en 1943, les Allemands envahissent la Tunisie et il est envoyé dans un camp de travail forcé. À la fin des hostilités, il part pour Alger étudier la philosophie, études qu'il poursuivra à la Sorbonne à Paris. Il se marie avec une Française et s'installe avec elle à Tunis où il anime un laboratoire de psycho-sociologie, enseigne la philosophie et dirige les pages culturelles de l'hebdomadaire L'Action (le futur Jeune Afrique).

    Mais après l'indépendance de la Tunisie en 1956, et bien qu'il ait soutenu le mouvement d'émancipation de son pays, Memmi n'arrive plus à trouver sa place dans ce nouvel État devenu musulman. Il part alors à Paris où il devient professeur de psychiatrie sociale à l'École Pratique des Hautes Études et attaché de recherches au CNRS.

    Là, écartelé entre ses différentes cultures, il ne trouvera pas non plus totalement sa place, lui, l'enfant pauvre, le Maghrébin méprisé. Il décrit cet «entre-deux» douloureux dans un passage de La statue de sel» alors qu'il passe l'agrégation de philo, son ventre crie famine et qu'il se sent mal à l'aise, démuni, exclu, parmi tous ces fils de bourgeois nantis qui devisent sur un ton pédant de questions abstraites... Il comprend alors qu'il sera «chez eux» mais jamais «un des leurs».

    Bâtir des ponts entre l'Orient et l'Occident

    Son talent avait été reconnu très tôt par Albert Camus et Jean-Paul Sartre qui avaient préfacé ses premiers ouvrages. La Statue de sel (roman, 1953) d'abord où il s'émerveillait tout en souffrant d'avoir plusieurs identités, à l'image de son personnage principal, Alexandre Mordekhaï Benillouche

    Il jouit d'une reconnaissance internationale quand il publie son essai Portrait du colonisé en 1957, au lendemain de l'indépendance de la Tunisie où il exprimait l'interdépendance existant entre le colonisateur et le colonisé. Un livre, dont la prix Nobel Nadine Gordimer avait préfacé la traduction anglaise et dont Léopold Sedar Senghor se disait «enthousiasmé». «Un document auquel les historiens de la colonisation auront à se référer», prédisait le premier président sénégalais.

    Mais la France est alors en pleine guerre d'Algérie et il rencontre de graves difficultés avec le gouvernement qui lui reproche son engagement auprès des «colonisés» et lui refuse la naturalisation française. Il ne pourra l'obtenir qu'en 1973 grâce à l'aide d'Edgar Pisani, lui aussi né à Tunis.

    Chez l'éditeur Maspéro, il dirige la collection Domaine maghrébin. Memmi publiera aussi à partir de 1965 une Anthologie des littératures maghrébines. Albert Memmi n'avait jamais cessé de chercher à bâtir des ponts entre l'Orient et l'Occident, l'Europe et le Maghreb, et il aura contribué par ses écrits à développer la pensée humaniste, notamment par ses essais autour de la «judéité» -- un concept qu'il avait forgé dans les années 1970 --, du colonialisme et du r

    Il fonde aussi le concept d'«hétérophobie» qu'il développe ainsi dans son livre Le racisme comme «le refus d'autrui au nom de n'importe quelle différence». Il publie aussi de très nombreux essais: Portrait d'un Juif, La libération du Juif, L'homme dominé, Juifs et arabes, La dépendance.

    Un grand écrivain maghrébin incompris

    Plus récemment, Albert Memmi n'avait pas partagé l'enthousiasme de beaucoup de ses contemporains sur l'émergence des «printemps arabes» en 2011. «Si les arabo-musulmans ne veulent pas la laïcité, et le problème n'est jamais abordé, ce ne sera pas sérieux (...) et si on ne s'attaque pas à la corruption, ce sera du bavardage», disait-il dans une interview à la télévision, se moquant de «l'espèce de délire qui s'est emparé des intellectuels et des journalistes».

    L'ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre d'Arvor, a également annoncé dimanche la nouvelle de son décès sur son compte Facebook. «Il est parti loin de Tunis où il était né (...). Loin de cette Tunisie qui l'a tant façonné et a fait éclore une œuvre unique, magnifique, puissante, complexe et parfois incomprise, tant l'arrachement à la terre natale et la marque de sa judéité y sont forts», a-t-il salué sur le réseau social.

    «C'est une grande conscience intellectuelle, un anti-colonalisaliste qui en même temps sait très bien que dans une Tunisie indépendante il n'aura plus sa place», a confié l'ambassadeur, joint par l'AFP. Pour lui, «c'est un grand écrivain d'Afrique du Nord, considéré par Sartre et Camus comme un grand écrivain maghrébin. Mais les Maghrébins ne lui reconnaissent pas ce statut, le voient comme un écrivain français «d'origine juive», et c'est plein de malentendus et de déchirures qui produisent cette œuvre intéressante», ayant marqué le XXe siècle.

     

     

     
     
  • La revue de presse de Claude Askolovitch du 25 mai sur France Inter

     

    La Revue de presse de Claude Askolovitch sur France Inter

    lundi 25 mai 2020

    Les livres d'Albert Memmi avaient éveillé la France au temps des colonies, le Monde, la Règle du jeu, le Point

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    On parle de la langue française…

    Qui fut le défi d'un garçon de Tunisie, qui était né dans l'arabe dialectal que parlaient ses parents et l'hébreu de l'école rabbinique où il fut inscrit à quatre ans, le français vint ensuite, c'était le temps des colonies, et au détour d'un destin, Albert Memmi, fils de Fraji qui vendait des licols pour les chevaux et de Maïra qui était analphabète, obtint une bourse pour le prestigieux lycée Carnot de Tunis, et il plongea dans notre langue qui était dirait-il "ma seule issue", et fut aussi un arrachement... 

    Memmi est mort vendredi, presque centenaire, et le Monde se souvient qu’il y a plus de 60 ans il éveilla la France en écrivant. Ce furent des romans, la Statue de sel, Agar, qui racontaient la pauvreté absolue et les déchirures des identités, puis en pleine guerre d'Algérie des essais, Portrait du colonisé, Portrait du colonisateur, où il disait les humiliations. «Pour vivre, écrivait-il, le colonisé a besoin de supprimer la colonisation. Mais pour devenir un homme, il doit supprimer le colonisé qu'il est devenu. » 

    Memmi parlait de la liberté que l’on conquiert en s’émancipant de son groupe. "Voici un écrivain français de Tunisie qui n'est ni français ni tunisien. C'est à peine s'il est juif puisque, dans un sens, il ne veut pas l’être", écrivait de lui Camus, qui comme Sartre préfaça ses livres, et Leopold Sédar Senghor le considérait comme une référence… 

    Toute sa vie Memmi écrivit sur ce qui le faisait juif, ce qui le faisait arabe et tunisien, ce qui le faisait français. Il conservait dans son appartement à Paris une photo de sa mère venue d'un autre monde, il parlait d'elle en français qu’elle ignorait. 

    Vous trouvez Albert Memmi, sur les sites du Monde, du Point, de la revue la Règle du jeu, et sur le site du Monde diplomatique je retrouve un texte amer qu'il avait composé en 1989, sur et contre les intégrismes, quand l'Iran des mollahs avait condamné à mort l'écrivain Salman Rushdie, Albert Memmi était d'une laïcité profonde, car sans elle aucune révolution ne pouvait aboutir…

    Et ce matin où je lis dans Mediapart un essai  signé Christian Salmon, sur l'incapacité de la littérature à raconter notre crise, Albert Memmi me rappelle comment parfois les mots nous ont traduit, même si nous l’oublions ensuite. 

    Jean-Loup Dabadie parti octogénaire ne nous en voudra pas de l’évoquer qu’en second, lui qui nous raconta si bien. Je lis dans le Figaro la plus simple des épitaphes. Signée Éric Neuhoff. "Pendant des années, le cinéma français parla le Dabadie couramment."