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Journal Extime de Max Memmi - Page 2

  • L'ordre du jour, un récit de Eric Vuillard

    On peut donc encore, en 2017, raconter dans un court récit de 150 pages – et en petit format 10,5/19 dans la collection Un endroit où aller chez Actes Suddes évènements certes dramatiques, mais où l’auteur privilégie la mise en scène de rencontres, de va-et-vient, de gesticulations de personnages sinistres en Autriche et en Allemagne, qui se sont déroulés entre 1933 et 1946, et obtenir avec ce livre le prestigieux Prix Goncourt ? Oui, sans aucun doute quand on a le talent d’un Éric Vuillard. Il manie l’ironie cinglante, il affiche un mépris brutal pour ces hommes, qu’ils soient de gros patrons d’entreprises soumis totalement au régime nazi ou de vulgaires comparses d’Hitler.

    J’ai lu L’ordre du jour d’une seule traite comme on voit au cinéma un film en noir et blanc dans une salle d’Art et d’Essai, de même que le roman L’Art de plaire d’Alice Zeniter dont j’ai parlé dans une précédente note peut se voir comme en film en couleurs sur grand écran, car la fresque est plus large, une histoire sur trois générations, un espace ample, l’Algérie et la France, la France et l’Algérie, même si les événements contés sont également douloureux, on sort heureux de la lecture du roman d’Alice Zeniter, mais sûrement pas indemne de celle du récit d’Éric Vuillard, que j’ai vécu comme un huis clos cauchemardesque au milieu d’êtres pleins de tics et de toc.

    Comme Alice Zeniter qui a obtenu plusieurs prix dont le prestigieux Prix Goncourt des lycéens, Éric Vuillard est lui aussi un habitué des prix.

  • Le nouveau paysage politique

    Après Laurent Wauquier nouveau patron du parti Les républicains, Stéphane le Foll bientôt à la tête du Parti socialiste? Avec Mélanchon ( indéboulonnable! Alors qu'il aura tout de même 71 ans en 2022) ) pour la gauche de la gauche et Marine Le Pen ( qui semble bien désabusée mais qui s'accroche par orgueil et aussi parce qu'elle s'imagine que le Front national coïncide avec le nom de Le Pen) Notre si incroyable gouvernement d'union nationale va-t-il enfin avoir en face de lui une vraie opposition plurielle?
    En attendant, rien n'est moins sûr quand on constate tout de même l'état de délabrement de tous les partis traditionnels, et à voir la grande difficulté de Wauquier à trouver une ou un volontaire pour accepter de présider Le Conseil national des Républicains qui doit réunir dans une quinzaine de jours ses quelques 2000 membres, pour l'heure tous les ténors se sont désister.

     

  • Jacques Toubon et le droit d'évoluer

    Le magazine "Le Point" du jeudi 11 janvier sous le titre: "Immigration : la métamorphose de Jacques Toubon" relève que ce dernier s'est indigné du manque d'humanité dans le contenu de la circulaire du ministre de l'intérieur qui parle de "tri", et le Point de citer des déclarations de Jacques Toubon " Avant " ( dans les années 80) et "Après" ( en décembre 2017) en concluant: "...Le leader EPR était alors plus radical que Gérard Collomb."
    Cela me parait un mauvais procès fait à cet homme de qualité. N'avons-nous pas le droit sinon même le devoir- surtout dans le bon sens-  d'évoluer en 30 ans ? De plus Toubon était à l'époque un simple militant RPR, il est aujourd'hui investi de la fonction de Défenseur des droits.

     

  • Le roman de Alice Zeniter L'Art de plaire

    Je viens d’achever la lecture du roman « L’Art de perdre » de Alice Zeniter, édité par Flammarion, sorti en librairie en septembre et qui a obtenu le prix des librairies de la ville de Nancy, le prix littéraire Le Monde et surtout le prestigieux Prix Goncourt des Lycéens organisé par le ministère de l’Education nationale et la Fnac, en accord avec l’Académie Goncourt et d’après sa sélection.

    Alice Zeniter, qui n’a aujourd’hui que 31 ans,  est déjà habituée aux prix littéraires puisque deux, parmi ces quatre précédents romans, ( dont tous ont été réédités en Livre de poche ou dans la collection J’ai lu) ont déjà été remarqués et couronnés, l’un «  Sombre dimanche, édité en 2013 par Albin Michel, a, en effet, reçu le prix du Livre Inter, le prix des lecteurs de l’Express et le prix de la Closerie des Lilas et l’autre « Juste avant l’oubli », édité par Flammarion en 2015, a été récompensé par le prix Renaudot des Lycéens.

    Mais je n’ai pas eu envie de lire le roman de Alice Zeniter parce qu’elle a obtenu cette cascade de prix. Je n’achète pas systématiquement les livres récompensés par les quatre à cinq principaux grands prix littéraires et quand je le fais, il arrive que la lecture de certains me déçoivent.

    J’ai adoré « L’Art de perdre » de Alice Zeniter et je n’ai « lâché » ce livre volumineux qu’après en avoir savouré ses 505 pages. Cette jeune femme a un talent incontestable, l’histoire ( celle douloureuse de ceux que l’on appelé étrangement les harkis, ces algériens qui ont préféré choisir la France et que la France a ensuite si mal traité)   les personnages, ( trois générations d’hommes et de femmes dont celle de Naïma, jeune de 30 ans ( tiens, tiens ! ) très parisienne et en quête de l’histoire de sa famille parce qu’elle est la petite fille d’Ali le grand-père par qui tout a commencé, puisque sans combattre l’indépendance, a choisi par conviction le camp français et devenu l’ancêtre harki) la toile de fond c’est l’Algérie de 1930 à nos jours, jusqu’à ses déchirements meurtriers dans les années 60,  mais aussi la description « hard » des camps où la France a parqué les harkis pendant presque deux décennies , c’est également le style, magnifique, la forme du récit, astucieuse, Il y a la narratrice qui nous donne tout à voir, à savoir et à comprendre et Naïma qui va lentement et difficilement en quête de ce que le lecteur connait déjà. Beaucoup d’émotion et infiniment de plaisir. 

    Je sais que c’est banal de dire que je me suis plusieurs fois identifié à cette histoire alors que ma famille était tunisienne et de religion juive, mais j’ai rencontré de nombreuses similitudes, comme le fait qu’elle ait choisi le camp français et sa culture, et donc quasiment été obligée de se déraciner en allant vivre en France, en faisant face à des situations douloureuses d’installation et d’intégration, mais même si ma maman Méïra, comme celle de la grand’mère Yéma, du roman ne parlaient pas français, nos situations n’ont certes pas été  comparables à ceux des harkis, considérés comme des traitres, des collabos et j’en passe par leurs coreligionnaires algériens et sans beaucoup d’intérêt par les Français.

    Beaucoup de similitude quand même, puisque j’ai compris tous les mots Kabyles ( ma mère est d’origine berbère) et que j’ai ressenti ce roman « de l’intérieur" j'ai déjà lu de nombreux livres sur ce sujet mais celui-là est très différents, plus puissant et moins complaisant pour quelque camp que ce soit.

  • La mort de Jerry Lewis

    Je me souviens bien de ce pas de danse totalement improvisé que nous avons fait ensemble dans le hall de l'opéra Garnier, un jour de gala au profit de la ligue contre le cancer, dans le tout début des années 80. Je m'étais trouvé nez à nez avec Jerry Lewis, dont j'avais vu tous les films et dont j'ai toujours adoré l'humour. Je lui avais lancé un "héllo Jerry! " et aussitôt, Jerry Lewis, un large sourire aux lèvres, m'a tendit les bras en s'exclamant" héllo my dear!" et dans les regards amusés du public, main dans la main, et pliés en deux , nous avons fait quelques pas de danse hilarants, agrémentés de maintes révérences aux spectateurs qui trainaient dans les couloirs. Mon épouse a eu l'heureuse idée d'immortaliser ce moment magique et quand je revois cette photo, j'aperçois parmi quelques personnalités Simone Veil drapée dans une longue et ample robe noire, qui sourie poliment à ce charmant spectacle. J'ai raconté cette scène dans un de mes romans, en page 172 et 173 " Les femmes de Jean" paru chez Orizon-Paris en décembre 2015