Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Journal Extime de Max Memmi

  • Boualem Sansal

    Lettre au Nouvel Observateur, (avec l’espoir qu’elle soit publiée), par Max Memmi, romancier et essayiste.   

    En faisant du ménage dans mes archives, je tombe sur deux pages de votre journal que j’avais mises de côté, il y a exactement 20 ans puisque ces pages sont extraites du numéro daté du 16 au 22 mars 2006. Pages réalisées par François Armane et Gilles Anquetil dans la rubrique Les débats de l’Obs et consacrées à l’écrivain Boualem Sansal à l’occasion de la sortie de son livre Poste restante : Alger, lettres de colère et d’espoir à mes compatriotes. A l’époque Sansal vivait encore à Alger où il disposait apparemment d’une certaine liberté de parole. On connaît la suite : une œuvre magistrale récompensée par de très nombreux prix prestigieux dont le Grand prix de la francophonie de l’Académie française en 2013,( Distinction obtenue par mon frère Albert Memmi en 2004),  incarcéré en Algérie le 16 novembre 2024 après avoir obtenu la nationalité française 5 mois plus tôt, condamné le 27 mars 2025 à cinq ans de prison ferme, gracié le 12 novembre 2025 après avoir purgé un an de détention et enfin, ô surprise, quasiment dès son retour en France  il est élu  à l’Académie française le 29 janvier 2026.

    L’article du Nouvel Obs du 22 mars 2006 que j’ai relu avec gourmandise parce qu’il reste encore parfaitement comestible (autrement dit d’actualité) commence ainsi, je cite : « Quelles sont, selon vous, les raisons du mal-être qui ravage le pays ? Les réponses renvoient toujours à ces thèmes que nous ruminons à longueur de temps : l’identité, la langue, la religion, la révolution, l’histoire, l’infaillibilité du raïs. Ce sont là ces sujets tabous que le discours officiel a scellés dans un vocable fort : les Constantes nationales. (En gras dans votre texte). Défense d’y toucher, on est dans le sacré du Sacré. Stupeur et tremblement sont de rigueur. Ouvrons la boîte des Constantes et faisons la part des choses. » Fin de citation.

    Boualem Sansal développe ses arguments en partant de trois prétendues « affirmations » fortes qui semblent indiscutables en Algérie, donc inattaquables, mais que lui, humaniste, et universaliste convaincu, voudrait démonter (au risque d’apparaître comme un traître non seulement à sa patrie, mais aussi à l’ensemble du peuple arabe, dénigrer l’identité arabe, l’appartenance à l’islam, ne pas forcément privilégier l’arabe comme langue de sa nation, quel sacrilège ! mais en fin de compte Sansal n’a pas été emprisonné pour tout cela , mais pour avoir prétendu qu’une partie du territoire algérien était en réalité marocaine.)

    Mais revenons à nos trois axiomes :  le peuple algérien est arabe, le peuple algérien est musulman, l’arabe est notre langue.   

    Je cite à nouveau : « Le peuple algérien est arabe. Cela est vrai, mes frères, à la condition de retirer du compte les Berbères (Kabyles, Chaouis, Mozabites, Touaregs, etc. soit 80 % de la population) et les naturalisés de l’histoire (mozarabes, juifs, pieds-noirs, Turcs, coulouglis, Africains...soit 2 à 4 %). Les 16 à 18 % restants sont des Arabes, personne ne le conteste. Mais on ne peut jurer de rien, il y eut tant d’invasions, d’exodes et de retours dans ce pays, hors la couleur du ciel, rien n’est figé. Nos ancêtres les Gaulois et nos ancêtres les arabes sont de ce mouvement incessant de l’histoire, et ça laisse des traces. Moi-même, qui ait beaucoup cherché je suis dans l’incapacité de dire ma part rifaine, kabyle, turque, judéo-berbère, arabe et mon côté français ... disons que pour le moment l’Algérie est peuplée d’Algériens, descendants des Numides, et on en reste là. Cette Constante, l’affirmation entêtée d’une arabité cristalline descendue du ciel, est d’un racisme effrayant. En niant en nous cette pluralité multimillénaire et en nous retirant notre élan naturel à nous mêler au monde, elle nous voue tout simplement à la disparition. Pourquoi veut-on faire de nous les clones parfaits de nos chers et lointains cousins d’Arabie ? ... Nous sommes des Algériens, c’est tout, des êtres multicolores et polyglottes et nos racines plongent partout dans le monde. Fin de citation.

    Je cite à nouveau : « Le peuple algérien est musulman :  clamée avec cette inébranlable intention, cette Constante est une plaie, elle nie radicalement, viscéralement, les non-croyants, les non concernés et ceux qui professent une foi autre que l’islam…de là à songer à les tuer en même temps que les apostats, les mécréants, les non-pratiquants et les tenants d’une autre foi, il n’y a qu’un pas et il a été maintes fois franchi en toute bonne conscience. En validant cette constante, la Constitution, qui stipule que « l’islam est la religion de l’État » fait de l’État le garant d’un génocide annoncé et en partie réalisé...Fin de citation provisoire pour exprimer mon désaccord sur ce qu’écrit Sansal, il devient excessif en utilisant le mot de génocide, qui a toujours été employé à tort, un génocide c’est le massacre systématique et total d’un groupe, d’une communauté,   d’une population,  voire d’un peuple entier, or il est évident que l’immense majorité des musulmans,  de quelque région qu’elle soit, souhaite vivre en paix et ne rêve nullement de massacrer les non-musulmans.

    Mais laissons poursuivre Sansal : « ...Et nous voilà forcés à la peur, à la vigilance, à l’hypocrisie, à la protestation permanente…on s’invente une filiation, on se fait une barbe, on se déguise en taliban fiévreux. Du mimétisme au fanatisme, il n’y a qu’un pas. La phase suivante de l’islamisme, et elle viendra, c’est un processus cumulatif à explosions périodiques, sera infiniment plus terrible. Affirmer que le peuple algérien est musulman revient à dire : qui n’est pas musulman n’est pas des nôtres. Or tout croyant trouvera sur sa route plus croyant que lui. Si de l’étincelle ne jaillit point la lumière, alors le feu ira à la poudre. Il n’y a qu’un système qui peut nous sauver de ce processus funeste : la laïcité… »  Fin de citation. Et Boualem Sansal va ensuite jusqu’à suggérer au gouvernement algérien non seulement de « ...supprimer l’enseignement religieux de l’école publique... mais de fermer les mosquées...de réduire la puissance des haut-parleurs des minarets, etc. Une véritable révolution !

    Enfin 3e affirmation constante : « L’arabe est notre langue. Eh bien non, affirme Sansal, « ... rien n’est moins évident. L’arabe classique est langue officielle, c’est vrai, mais pas maternelle, pour personne. Chez soi, en famille, dans le clan, la tribu, le douar, le quartier, nous parlons en berbère (kabyle, chaoui, tamashek.) en arabe dialectal ou en petit français colonial, voire les trois ensemble. Personne ne le fait en arabe classique... » cela dit, après avoir longuement expliqué comment et pourquoi les différentes langues persistent en Algérie selon les lieux et les besoins, Sansal rappelle que...  « la guerre de libération a essentiellement emprunté à la langue française et à son incomparable essence révolutionnaire pour construire ses plans, véhiculer ses idées... la fameuse proclamation du 1er novembre 1954 de même que la charte de la Soummam ont été rédigées en un français que ne désapprouverait aucunement l’Académie française, encore moins maintenant que notre compatriote Assia Djebbar y siège de plein droit. Notre grand écrivain Kateb Yacine a résumé son élégante pensée en une phrase : « le Français est à nous, c’est un butin de guerre. » Une autre affirmation est que le colonialisme a nié notre identité et nos origines. Là, c’est vrai, nos ancêtres les Gaulois, était d’un ridicule accompli. Ce n’est même plus valable en France où un Français sur deux a un parent d’origine étrangère... Ainsi décortiquées, lesdites constantes nationales ne sont en fin de compte que méchantes trouvailles, nuisibles pour la République, dangereuses pour le peuple. Elles sont la mort de la vérité, de la spiritualité, du patriotisme... » Et Sansal de conclure sa lettre à ses chers compatriotes, par ces mots : « Nos constantes à nous sont simples : liberté d’être et bonheur de douter. »   

    max-memmi@wanadoo.fr

  • Albert Camus

                              Albert Camus, un phénomène inégalé.

                              Par Max Memmi, romancier et essayiste.

    Né le 7 novembre 1913 à Mondovi en Algérie, Albert Camus passe son enfance dans des quartiers pauvres et populaires. Grâce à son instituteur Louis Germain, il est admis au Grand Lycée d'Alger, puis entre en hypokhâgne à l'université, où Jean Grenier devient son professeur de philosophie.

    Orphelin de son père, Lucien Auguste Camus, né en 1885 à Oulet-Fayet en Algérie, et mort au front en octobre 1914, Camus vit avec sa mère Catherine Hélène Sintès, en partie sourde et qui ne sait ni lire ni écrire. Il n’aura donc jamais connu son père, et c’est seulement quarante-cinq ans plus tard au début de l’année 59, comme il le raconte dans son roman Le premier homme, qu’à l’occasion d’un voyage en Algérie, il se décide à chercher des informations sur son père et sur sa famille et quand il revient à Lourmarin, il détient enfin tout ce qui constituera ce grand roman dont il rêvait.   

    Malgré les conditions sociales très difficiles qu’il a vécues dans son enfance et son adolescence,  à tout juste 44 ans le 16 octobre 1957 , Albert Camus se voit attribué le prix Nobel de Littérature : consécration suprême pour tout écrivain dont il est le premier très surpris jusqu’à déclarer au début de son discours de réception à l'Académie suédoise « Comment un homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d’une œuvre encore en chantier, habitué à vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l’amitié, n’aurait-il pas appris avec une sorte de panique un arrêt qui le portait d’un coup, seul et réduit à lui-même, au centre d’une lumière crue ? »

    Mais à 44 ans, comment pouvait – il alors imaginer qu’il ne lui resterait que 2 ans à vivre ? Camus meurt en effet brutalement le 4 janvier 1960 à l’âge de 46 ans à Villeblevin dans l’Yonne, mais il sera enterré dans le cimetière de Lourmarin dans le Vaucluse, commune où il avait acheté une maison avec la somme qui lui avait été attribuée au titre du prix Nobel. Chaque fois que je me trouve dans cette région, je ne manque jamais l’occasion de faire un détour par Lourmarin où vit encore sa fille Catherine.

    Beaucoup de femmes ont compté dans la vie de Camus, tout d’abord naturellement sa mère Catherine Hélène Sintés qui décédera en septembre 1960, 8 mois après lui .Simone Hié, sa première épouse de 1934 à 1940, mondaine et toxicomane décédée en 1970, Francine Faure sa seconde épouse 1940 à 1960 enseignante en mathématiques et pianiste française (avec laquelle il aura ses jumeaux Jean et Catherine) qui décédera en 1979 après avoir dirigé des éditions posthumes de son mari. Mais le véritable grand amour de Camus fut la comédienne Maria Casarès, son aînée de 9 ans, avec laquelle il a entretenu une volumineuse correspondance passionnée de 1944 à 1959, plus de 800 lettres qui seront publiées par sa fille Catherine en 2017. Maris Casarès décédera en 1996.    

    Albert Camus est un phénomène inégalé, non pas parce que sa production littéraire est considérable – et réalisée de surcroît en seulement 23 ans, de 1936 à 1959 - mais parce que cette œuvre magistrale qui a consacré sa notoriété dans le monde entier, est très diverse et variée, et qu’elle n’est surtout pas réduite à ses seuls quatre romans – eh oui, seuls quatre romans, dont Le premier homme roman autobiographique inachevé, car encore bourré de 129 notes manuscrites de l’auteur en marge de son texte et de notes à l’intérieur même dudit texte entre des parenthèses dont on peut aujourd’hui prendre connaissance ou encore des mots signalés comme illisibles dont on ne  connaîtra donc jamais le sens. Ce manuscrit – avec toutes les notes et ses phrases inachevées - ne sera publié par sa fille Catherine qu’en 1994 aux éditions Gallimard, soit 34 ans après la mort de son père. On sait que Camus s’apprêtait à porter ce manuscrit à son éditeur s’il n’avait pas été victime d’un accident mortel de la route le 4 janvier 1960. Accident provoqué par Michel Gallimard, neveu de Gaston Gallimard (fondateur de cette maison d’édition qui porte son nom) au volant d’une puissante voiture roulant à près de 150 km à l’heure sur une route mouillée, entraînant la mort sur le coup de Camus,  et de Michel Gallimard cinq jours plus tard, et blessant plus ou moins gravement madame Gallimard et sa fille Anne installées à l’arrière du véhicule.

    Les trois autres romans de Camus  L'Étranger   publié en mai 1942 chez Gallimard alors qu’il a déjà 29 ans, La Peste,  publié cinq ans plus tard en juin 1947 et qui obtiendra l’année suivante le Prix des Critiques et, enfin  La Chute, publié en  mai 1956, soit neuf ans après le second dont certains critiques de l’époque le considéreront comme un échec, et comme un aveu même d’échec de la part de Camus lui-même qui rêvait d’un grand roman, or La chute est seulement un long monologue d’un individu centré sur lui-même, n’aimant que sa personne, qui s’adresse à quelqu’un qu’il a rencontré et qui n’interviendra jamais dans cet étrange récit dont le style est ampoulé, précieux et truffé d’imparfait du subjonctif, à l’image du narrateur , un ancien avocat et personnage très atypique.

    Mais La chute c’est aussi le discours du philosophe Camus, à travers ses réflexions sur la société, l’amour et la mort et qui restent encore d’actualités de nos jours. Je trouve, quant à moi, ce texte très puissant. Chaque phrase pourrait donner lieu à un débat.   Le grand roman dont Camus rêvait ce sera donc Le premier homme, mais malheureusement il n’en verra jamais la publication. Dans le chapitre 6 intitulé La famille, une de ses notes manuscrites en marge de son texte il écrit ceci : « Il faudrait que le livre pèse un gros poids d’objets et de chair. » C’est dire l’importance qu’il accordait à ce roman.

    Mais cette incapacité de produire plus de romans, ses nombreux Carnets et son abondante Correspondance en témoignent.

    Donc, sait-on que le roman proprement dit tient – en nombre – une si petite place dans cette œuvre gigantesque ? il faut croire que non, car au sein du grand public- je veux parler de tout passant lambda que l’on interroge- ce sont ses romans et principalement les deux premiers, qui sont toujours cités qui constitueraient l’essentiel de son œuvre et qui justifierait son immense notoriété. Sauf La peste qui comporte 336 pages et Le premier homme 331 pages, les deux autres romans sont peu épais L’étranger n’a que 159 pages et La chute en a seulement 121. 

    C’est un peu dommage de réduire la notoriété d’Albert Camus – qui est immense- à ses deux premiers romans, alors qu’il a eu tant de difficultés à les écrire. L’étranger : il l’avait déjà achevé l’écriture de ce récit fictionnel fascinant, en mai 1940 à 27 ans (dont le titre ne s’imposait même pas à lui,- et  ce n’est que grâce à l’intervention d’André Malraux que son livre fut publié en juin 1942.

    Disons-le donc nettement il est injuste de considérer la notoriété de Camus au regard de ses seuls deux premiers romans, car Camus a publié entre 1936 et 1958 une vingtaine d’Essais dont principalement Révolte dans les Asturies,  L'Envers et l'Endroit, Noces un recueil de quatre essais (Noces à Tipasa, Le vent à Djémila, L'été à Alger, Le désert),  Le Mythe de Sisyphe qui un  essai sur l'absurde, L'Homme révolté, L'Été qui est un recueil de huit essais écrits entre 1939 et 1953 (Le minotaure ou la halte d'Oran, Les amandiers, Prométhée aux Enfers, Petit guide pour des villes sans passé, L'exil d'Hélène, L'énigme, Retour à Tipasa, La mer au plus près), et les derniers en 1957  Réflexions sur la peine capitale et Réflexions sur la guillotine.

    Outre ces essais, qui ont mis en valeur un immense philosophe et humaniste épris de justice, mais humanisme sceptique et lucide ( comme il se définira lui-même) parce que fondé sur la prise de conscience de l'absurde, de la condition humaine et de la révolte,  anticolonialiste, mais ambiguë dans ses positions, ce qui le conduira à prendre ses distances avec mon frère Albert Memmi[2] plus radical à ce sujet, dont il était pourtant très proche[3] , comme il se brouillera également avec Jean-Paul Sartre pour les mêmes raisons. (Mon frère m’a raconté qu’avec Camus, il faisait quelquefois ensemble tout en bavardant, le trajet des éditions Gallimard jusqu’à la brasserie des Deux magots)

    Mais Camus ne faisait pas l’unanimité parmi ses contemporains qui critiquaient notamment son – soi-disant- angélisme à imaginer une espèce de fédération franco-algérienne, naturellement utopique.

    Outre ses romans, ses essais et ses Carnets Camus a publié quatre pièces de théâtre Caligula (première version en 1938), pièce en 4 actes. Le Malentendu (1944), pièce en 3 actes. L'État de siège (1948), spectacle en 3 parties. Les Justes (1949), pièce en 5 actes,  et a réalisé ensuite sept adaptations théâtrales dont, en 1953 : Les Esprits de Pierre de Larivey, comédie en trois actes, et  La Dévotion de la croix de Pedro Calderón de la Barca, pièce en trois journées. En  1955 : Un cas intéressant de Dino Buzzati, pièce en deux parties et onze tableaux. En 1956 : Il adapte Requiem pour une nonne une pièce en deux parties et sept tableaux écrite par William Faulkner en 1951 et dont il rédigea également la préface à la première traduction française.

    J’ai eu le privilège d’assister au Théâtre des Mathurins à cette pièce sombre et terrible - dont on ne sort d’ailleurs pas indemne- et fais, à cette occasion la connaissance de Camus, souvenirs inoubliables où j’ai découvert un homme hors du commun fasciné par la beauté du soleil et dont les émotions provoquées par ce soleil ressortent dans plusieurs de ses œuvres, même dans son tout dernier texte Le premier homme où il écrit dans le chapitre 4 : «  Le vent avait dû se calmer, écrasé sous le soleil ... l’hélice forant droit l’épaisseur des eaux et le bruit des pistons devenu enfin si régulier qu’il se confondait avec la clameur sourde et ininterrompue du soleil sur la mer... » N’est-ce pas magnifique ? Et ainsi les pages où il cite le soleil sont très nombreuses. Dans L’étranger, le soleil est omniprésent et il serait même la cause du meurtre commis par Meursault le héros du roman. Dans ses Nouvelles, le soleil est aussi toujours présent et notamment dans Noces à Tipasa, un beau texte très poétique. 

    En  1957  Camus traduit et adapte Le Chevalier d'Olmedo, comédie dramatique en trois journées de Lope de Vega. Et enfin en 1959  : Les Possédés pièce en trois parties de Fiodor Dostoïevski qu’il adapte et met en scène au Théâtre Antoine, où j’étais également présent .

    Pour conclure ce bref mémoire sur Albert Camus, dont j’ai ressenti une envie pressante de relire tous ses écrits (ou presque) disons que depuis 1942, date de son premier roman, L’étranger, la notoriété de Camus ne s’est jamais démentie. Il est salué dans le monde entier en tant que philosophe ce qui se traduit dans toute son œuvre, même la partie romanesque, journaliste militant ce qu’il a été bien avant d’être écrivain, romancier, dramaturge, essayiste et nouvelliste français.

    Comment aurait-il évolué s’il n’avait pas été fauché si brutalement et si précocement par la mort ? Difficile à prévoir tellement cet homme était éclectique. J’imagine que Camus serait devenu un grand journaliste plutôt qu’un écrivain.

    Depuis sa disparition on n’a pas cessé, en 65 , ans de rendre hommage à Albert Camus, en France comme dans de nombreux pays étrangers, quelques exemples parmi tant d’autres initiatives : un timbre postal a été émis à son effigie en juin 1967, une société des Études Camusiennes a été créée en 1982, en 2018, un lycée du Caire a donné son  nom à Albert Camus, une association Les Rencontres Méditerranéennes Albert Camus a été créée en 2021.  Aujourd’hui 175 écoles, collèges et lycées portent son nom, et très récemment face au lycée Masséna, en plein centre-ville de Nice, une statue en bronze le représente grandeur nature. On dit que Camus est le 23e personnage le plus célébré au fronton des 67 000 établissements publics français. Il existe aussi depuis 1984  à Paris dans le 10e arrondissement, dans le quartier de l’Hôpital-Saint-Louis une rue Albert-Camus. J’ai été assez surpris en allant voir la plaque qu’elle indique simplement sous son nom journaliste et romancier. Cela m’avait paru très réducteur, j’aurais préféré Écrivain et philosophe, car bien évidemment la part du roman dans l’œuvre d’Albert Camus n’est pas assez importante par rapport à l’ensemble de cette œuvre. En 2022, deux ans après sa mort, la mairie de Paris a donné à une voie le nom de mon frère Albert Memmi, à trois cents mètres de l’Hotel de ville de Paris et de son domicile où il vécut 70 ans.   

    Trois des romans de Camus ont été adaptés au cinéma, L'Étranger  en 1967 et en 2025, La Peste en 1992 et Le Premier Homme en 2012.

    A croire une information parue le 19 novembre 2009 dans le journal Le Monde le Président Sarkozy souhaitait faire entrer Camus au Panthéon. Sa fille Catherine semblait favorable, mais devant l’opposition formelle de son fils Jean, jugeant ce transfert en contradiction avec la pensée de son père, il n’y eut pas de suite à ce projet, qui me paraît en effet saugrenu, malgré son œuvre et sa notoriété, on ne peut tout de même pas qualifier Albert Camus de Grand homme au sens de L’Histoire comparable aux personnes, hommes et femmes déjà panthéonisés.

    Je précise  à l’intention de ceux qui veulent aller plus loin dans la connaissance  d’Albert Camus, l’homme et son œuvre, que – presque - toutes ses archives sont consultables à la bibliothèque Méjanes, dans la Cité du livre à Aix-en-Provence, dont le Centre Albert Camus assure la gestion et la valorisation.

     

     

    [2] Albert Memmi est l’auteur d’une œuvre traduite dans le monde entier dont Portrait du Colonisé précédé de Portrait du Colonisateur, un essai publié en mai 1957 chez Corrêa et préfacé par Jean-Paul Sartre.

    [3] Albert Camus offrira une magnifique préface à Albert Memmi pour son premier roman La statue de sel qui contribuera à la notoriété de mon frère. Roman très dense publié d’abord chez Corréa en 1953, puis chez Gallimard et qui sera ensuite traduit dans plus de 30 pays et constamment réédité jusqu’à ce jour. 

     

  • Mon dernier livre "Albert Memmi et le reste de la tribu, de la belle Méïra à la belle Léïla"

    Question à ChatGPT le 29 mars 2025 : « Que pensez-vous du livre de Max Memmi Albert Memmi et le reste de la tribu ? « 

    Réponse de ChatGPT : « Albert Memmi et le reste de la tribu, de la belle Méïra à la belle Léïla est un ouvrage de Max Memmi publié en décembre 2024 aux éditions Orizons. Dans ce livre, Max Memmi, frère cadet d’Albert Memmi, offre un témoignage intime sur l’homme, l’écrivain, le philosophe et le sociologue que fut Albert Memmi dont l’œuvre a été traduite mondialement et qui a désormais une rue à son nom à Paris.

     L’ouvrage dévoile des informations inédites et présente des pages émouvantes, mêlant humour, tendresse et parfois une certaine cruauté, plongeant le lecteur au cœur de l’intimité familiale des Memmi,  (source. Lecteurs. Com. Lavoisier)

    Max Memmi est l’auteur de dix romans et cinq essais. Ses ouvrages ont été salués par la critique pour leur style baroque, leur poésie du verbe et leur capacité pleine de fougue et de conviction.

    La critique a salué son style, le qualifiant de poétique et baroque, avec des lignes pleines de fougue et de conviction, par exemple « la Cliothèque » a décrit son écriture comme « un inventaire à la Prévert, une poésie du verbe, des termes fleuris... » Témoignage chrétien a noté « Une tendresse têtue qui tient en respect une folie qui ne va pas sans éclairs d’humour ».

    Bien que des informations détaillées sur les critiques spécifiques de « Albert Memmi et le reste de la tribu « soient actuellement limitées, l’ouvrage est présenté sur la vie et l’œuvre d’Albert Memmi apportant un éclairage familiale inédit sure cet intellectuel de renom (source Limag)  

    L’ouvrage promet d’être une lecture enrichissante pour ceux intéressés par la vie et l’œuvre d’Albert Memmi ainsi que par les dynamiques familiales et culturelles qui ont façonné son parcours.

  • La vie du blog et les jours qui passent

    Je me demande si je ne vais pas me saborder en abandonnant ce blog. Un blog, c'est comme un journal ( non pas intime puisqu'il est livré au public, mais extime comme je l'ai appelé. ) La tenue de ce blog n'a jamais été ma priorité. Écrire, oui, mais pour créer un roman, un essai, , c'est ce que je fais en publiant un livre par an, cela demande un important investissement, mais le résultat est tangible, les retours des lecteurs réconfortants, alors que les interventions dans le blog sont trés éphémères, à peine publiées, ils ne sont souvent plus d'actualité et appartiennent au passé. 
    Mes priorités, la lecture et l'écriture, la sauvegarde des amitiés, le plaisir de savourer les multiples petits bonheurs de la vie, aussi minuscules soient-ils, mais aussi de plus en plus, avec l'âge qui dégrade mon corps, être à l'écoute de ce corps , le respecter, en essayant d'être bien dans sa tête pour l'accompagner avec précaution.
    En ce qui concerne mon blog, je verrais bien, nous sommes noyés quotidiennement par une très grande masse d'informations, alors à quoi bon y ajouter ses propres commentaires ? n'est-ce pas un peu prétentieux? 
    sauf à se cantonner dans un thème précis? 

  • Bardella et les partis de gauche

    Pourquoi le parti de Bardella pourrait obtenir à lui tout seul plus de députés que les cinq autres partis regroupés sous la bannière du Nouveau Front populaire ? parce qu'il n'existe aucun conflit au sein de ce parti, que Bardella son leader n'est contesté par aucun cadre de son parti, parce que nombreux seraient les Français qui penseraient à présent que ce parti n'est plus aussi infréquentable qu'autrefois et que, enfin, c'est le seul parti qu'ils n'ont jamais "essayés".  Ces hypothèses sont-elles justes ? A suivre dans le vertige le plus total.